UNOE, le réseau Unitwin en Éducation Ouverte

« Partager est un défi » : la série s’achève, le partage continue



Remix réalisé par la Chaire UNESCO RELIA à partir de l’œuvre
“Better Sharing, Brighter Future” de David Espinosa.
Licence Creative Commons CC BY-NC-SA 4.0.



31 mars. Le mois de l’éducation ouverte touche à sa fin. Nous avons décidé d’en profiter goulûment, jusqu’à la toute fin.

Merci aux contributrices et contributeurs. Les 14 auteurs et 16 autrices de 15 pays ont écrit 17 articles dans 6 langues… Des aller-retours productifs nous ont permis d’échanger avec elles et eux. Parfois c’est entre auteur·es que les conversations et débats ont eu lieu.

Merci aussi à celles et ceux que nous avons mis à contribution. Pour nous aider à traduire, pour mieux diffuser. Pour gérer des aspects techniques, parfois aussi juridiques. En particulier, Javiera Atenas et Victor González Catalayud pour les versions espagnoles et Mary Lavissière pour les complexités de la traduction des termes juridiques au français.

Il faut surtout dire que derrière le “nous” se cachent Solenn Gillouard pour le blog d’UNOE, Erwan Louërat pour le blog d’EUniWell et Lucie Grasset pour le blog de la Chaire RELIA. 

Chacun de ses blogs a sa propre politique éditoriale, mais ils partagent tous les trois un grand intérêt pour le sujet. Nous avons choisi de publier cette année en français sur le blog RELIA et dans les différentes langues disponibles sur les blogs multilingues d’UNOE et de EUniWell. Mais pour une opération de cette importante, il a été essentiel de travailler en équipe et de pouvoir se secourir quand nécessaire.

Merci enfin à Ahmed Galai qui nous a fait l’honneur d’ouvrir la série avec un article poétique sur le fort lien avec le partage que tout enseignant·e a. Un prix Nobel pour donner le la !

Quelques éléments techniques

L’objectif de publier chaque article dans au moins trois langues a été atteint. De façon systématique, avec l’aide de l’IA (DeepL pro) nous avons obtenu des versions de travail en anglais, français et espagnol. Nous avons ensuite pu bénéficier de lectures attentives de la part des un·es et des autres. Cela reste cependant un exercice périlleux : dans certains cas, les termes techniques retenus (et en particulier les termes juridiques) pourraient encore être améliorés.

Nous avons bien entendu été attentif·ves à la question des licences des images. En choisissant systématiquement des images libres de droit. A ce titre, nous souhaitons également remercier la plateforme The Greats – Fine Acts ainsi que les artistes qui y partagent leurs œuvres sous licence CC BY-NC-SA, et qui nous ont permis d’illustrer chacun des articles de cette série.

Et nous avons aussi eu à gérer la question des images générées par IA. En suivant le pertinent avis de Rory McGreal (voir l’article sur la légalité), ces images doivent être considérées comme étant dans le domaine public. Mais nous n’avons pas osé franchir systématiquement le Rubicon d’y apposer une licence CC0.

Qu’avons-nous appris ?

En réalité, nous avons surtout été conforté·es par la pertinence de notre modèle. Comme l’an dernier, nous avons invité un grand nombre d’expertes et experts à enchérir lorsque la liste des thèmes serait partagée. Et comme l’an dernier, les thèmes -qui étaient des obstacles- sont “partis” très vite. La possibilité de partager l’écriture avec des auteur·es qui ne se connaissaient pas forcément a donné lieu à des collaborations trans océaniques.

Nos ami·es d’Open Education Global nous ont suggéré d’ouvrir l’appel à contributions. C’était un peu frustrant de ne pas le faire, de ne faire appel qu’à des gens que nous connaissions déjà. Mais nous anticipions déjà qu’il allait nous falloir, parfois, discuter avec les auteur·es, leur demander des efforts supplémentaires. 

La solution pour être dans les appelé·es de 2027 ? Peut-être de nous proposer un article pour le blog dans les prochains mois…

Nous avons continué à explorer le multilinguisme. Nous avons aussi vu que ce format convenait aux lecteurs et aux lectrices mais aussi aux auteur·es : une règle essentielle est que chacun·e avait le droit d’écrire dans sa langue. C’est un sujet de controverse : nombreux·ses sont celles et ceux qui pensent qu’il existe une lingua franca et que tout le monde doit pouvoir s’exprimer dans cette langue. Avec l’aide de l’IA, éventuellement. A la Chaire, nous ne voyons pas les choses comme ça et avons eu cette année, justement, le cas d’un article d’abord écrit en anglais, puis, à notre demande, réécrit dans la langue des auteur·es, et bien meilleur dans sa seconde version.

Nous avons aussi innové cette année en proposant une Newsletter bilingue à laquelle on pouvait s’inscrire sur toute la durée de l’opération afin de recevoir un mail à chaque publication d’article. Plus de cinquante inscriptions à celle-ci !

Nous avons également appris (ou réappris) que les nuisances techniques allaient être nombreuses. En fin de mois, devant les attaques à répétition de nos serveurs, j’ai même envisagé que cela démontre le succès de notre opération. Mais au-delà (de ces théories conspirationnistes), il convient de remercier Séverine Rubin, du LS2N, pour sa patience et sa disponibilité même à des heures indues. [Une règle d’or est que les serveurs plantent toujours plus facilement hors des heures de travail]

Mais qu’avons-nous appris, de plus ?

Tout d’abord, et ce n’est pas une surprise, que la communauté de l’Education Ouverte est riche d’idées, d’analyses, de travaux de recherche. En posant nos sujets cette année sous forme de seize mots clé, un par obstacle, nous pensions avoir marqué le territoire et prévu toutes les possibilités.  En réalité, nos auteur·es ont plus qu’enrichi les idées originelles que nous avions imaginées.

Nous avons également été conforté·es par l’importance qu’il faut accorder à la recherche. Le mot “partage” existe depuis longtemps et a souvent été associé à la question des REL. On peut lire des articles datant d’une vingtaine d’années où certaines difficultés évoquées ici ont déjà été analysées. On aurait donc pu penser que nous allions revisiter des questions connues avec des réponses très explorées. Il n’en est rien : les analyses de 2026 reposent sur des résultats récents, sur des technologies d’aujourd’hui, sur les nouveaux outils que nous avons vu arriver ces dernières années. Nous notons cependant qu’une part substantielle de la bibliographie est en langue anglaise. Nous prenons cela pour un défi : avons-nous, aujourd’hui, assez de chercheur·es qui regardent en langue française les questions posées par l’éducation ouverte ? La réponse est clairement non. C’est pour cela que cette année 2026 nous avons lancé une série de webinaires en langue française. D’ailleurs, il y en a un demain !

Les seize articles proposés ont de nombreux sujets partagés. Les angles sont différents, les références vont dépendre des contextes locaux, mais quelques sujets forts sont traités.

« Sharing  » by ryancr is licensed under CC BY-NC 2.0

La question de la reconnaissance

Souhad Shlaka a analysé la difficulté de concilier partage et compétition. Dans son Université comme dans tant d’autres, la mise en concurrence est voulue et, bien entendu, freine le partage. Elle nous propose des débuts de solution. Puissent les institutions l’écouter !

Certains de ces mécanismes de reconnaissance sont analysés par Luc Massou (sur le thème de la gratitude). Pour lui, le partage de la recherche est centrifuge tandis que les mécanismes du partage des ressources éducatives sont d’ordre centripète. Il faut donc convenir qu’on ne remercie pas de la même façon ces partages.

Javiera Atenas et Leo Havemann ont trouvé un titre qui a beaucoup intrigué les lecteurs et les lectrices : ils sont partis du constat que les universitaires partageaient volontiers leurs résultats de recherche, mais beaucoup moins leurs cours. Comme pour d’autres, ils demandent un changement de paradigme pour permettre aux universitaires d’être réellement gagnants à partager.

Les articles optimistes

Certains ont choisi de partager comme un acte de foi. C’est le cas de Marcela Morales qui nous confirme que nous sommes bien entendus tous·tes légitimes à partager. C’est aussi celui de Zoltan Lantos dans sa réponse au défi de la réciprocité, et qui raconte l’histoire d’une de ses REL. Celle-ci donne l’impression de prendre vie… et donc bien entendu de s’émanciper. Derrière son témoignage, on devine la question qu’il nous faudra bien aborder un jour : comment une ressource éducative libre, intimement associée à un (ou une, ou des) auteur peut devenir un commun numérique au sens de la déclaration de Dubai. C’est aussi l’optimisme qui pousse Pierre-Antoine Gourraud à partager et qui nous dit : Le vrai danger ? Ce n’est pas le pillage. C’est le gâchis. Alan Levine a choisi l’obstacle de l’ingratitude mais nous lance plutôt un message de gratitude et note que même si les gens qui prennent ses photos peuvent le faire sans rien dire, ils et elles choisissent souvent de remercier.

Le Nord et le Sud

Le Sud est très représenté parmi nos auteurs et autrices. Et si parfois les problèmes sont les mêmes qu’on peut trouver en Europe ou en Amérique du Nord, ce n’est pas toujours le cas.

Le thème de la nécessaire décolonisation des savoirs est analysé sans complaisance par Mpine Makoe, Darrion Letendre et Robert Lawson… Il aurait aussi pu être au centre de la question de la découvrabilité : mais Benedetta Calonaci et Alessandra Gammino ont choisi un autre angle, celui des documentalistes et des bibliothécaires.

Les REL, c’est mieux quand on travaille en équipe

Mais peut-être la leçon principale de cette série est que le collectif doit primer. Concevoir une REL et la diffuser ne peut plus, en 2026, être la mission d’un ou une collègue isolé·e. Il faut travailler à plusieurs, en réseau, en mettant en place des infrastructures. C’est bien entendu le message porté par Sophie Depoterre, José-Miguel Escobar-Zuniga, Paul Lyonnaz et Nadia Villeneuve, qui à Louvain, Laval, Nantes et Sherbrooke sont en train de construire les outils qui permettent au collectif de s’exprimer. C’est aussi le modèle sous-jacent en Afrique du Sud et promu par Dorothy Laubscher dans son article répondant au défi de la naïveté. Pour Barbara Class, Henrietta Carbonel et Mathilde Panes c’est pour faire face aux défis techniques qu’il faut s’organiser et systématiser son approche.

Virginia Rodés et Regina Motz nous rappellent quelque chose d’essentiel : “les REL ont transformé l’accès à la connaissance et restent essentiels dans un monde où des millions d’étudiant·es manquent encore de supports pédagogiques abordables et fiables.” Leur article est une conversation entre deux enseignantes. 

Latifa Chahbi, Loubna Terhaz, Khalid Berrada et Alan Levine nous rappellent que la peur du jugement de l’autre a toujours été un obstacle au partage. Ils font dans leur article appel à Michel Foucault pour analyser cette difficulté. Mais pour elles et eux, l’éducation ouverte peut transformer le regard en situant chaque expérience éducative et en offrant des environnement sécurisés de partage.

La question de l’intelligence artificielle a été abordée dans deux articles. Par Rory McGreal pour analyser la question des droits, de la légitimité, par Fawzi Baroud et Mitja Jermol pour nous dire qu’il faut absolument continuer à partager, malgré l’IA (la question posée était celle de l’utilité). A cause de l’IA, même. Ces articles ont été particulièrement relayés : il est clair que la question de l’IA intéresse. Nous pensons et espérons que ces articles donnent des réponses très positives !

Enfin, nombreux sont les articles qui indiquent l’importance de l’institution. Une institution qui soutient, par des mécanismes de reconnaissance, qui met en place des structures d’appui, qui valorise l’éducation ouverte, cela devient indispensable.

Partageons

Une opération sur le partage,… ça se partage.

Nantes Université l’a fait : comme cela a été rappelé lors de l’inauguration du mois de l’Education Ouverte, la question de l’Éducation Ouverte marque aujourd’hui  l’identité de Nantes U. Et la Fabrique REL est le type de structure qui va jouer un rôle primordial dans la construction des outils de partage du futur. 

UNOE (UNITWIN Network in Open Education) a maintenant trouvé une vraie place à l’UNESCO. Le réseau s’agrandit, les prises de position et les opérations diverses permettent de travailler globalement.

EUniWell vient de se doter d’un observatoire de l’éducation ouverte : ce petit comité scientifique doit permettre de mieux analyser les liens entre éducation ouverte et bien-être.

Et l’opération a été reprise et diffusée par l’UNESCO, l’ICDE, le Ministère de l’enseignement supérieur et bien entendu, Open Education Global et le consortium francophone du mois de l’Education Ouverte.…

Toute l’équipe éditoriale des seize obstacles remercie enfin les lecteurs et les lectrices. Sans qui, au fond, tout ceci n’aurait que peu d’intérêt : dans un partage, les deux parties ont un rôle.

Cet article fait partie de la série : “Sharing is a challenge”, publiée tout au long du mois de mars 2026, en collaboration avec la Chaire UNESCO RELIA et le réseau Euniwell.

À propos de l’image de mise en avant de l’article

L’intention artistique originale reste celle de l’artiste et peut être différente de l’intention éditoriale de notre remix. Nous remercions David Espinosa pour le partage de son œuvre sous licence ouverte CC BY-NC-SA 4.0.

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« Partager est un défi » : la série s’achève, le partage continue

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