UNOE, le réseau Unitwin en Éducation Ouverte

Encourager le partage repose sur une approche systémique et holistique



Remix réalisé par la Chaire UNESCO RELIA à partir
de l’œuvre “Yearning To Move On” de Lorenzo Miola.
Licence Creative Commons CC BY-NC-SA 4.0.

Souhad SHLAKA, maitre de conférences à la Faculté des Sciences de Rabat relevant de l’Université Mohammed V.  Elle est docteure en «Ingénierie pédagogique». Conceptrice, réalisatrice et formatrice de cours en ligne ayant pris part dans plusieurs projets. Elle est également membre de la Chaire ICESCO pour l’éducation ouverte et experte auprès de l’ICESCO.

Partager c’est permettre à la connaissance d’accroître et de gagner en qualité. Partager c’est aussi offrir la chance à un grand nombre d’apprenant·e·s de bénéficier de la connaissance qui n’est pas toujours accessible. En contexte éducatif, les Ressources Éducatives Libres (REL) se présentent comme un levier important d’ouverture offrant un cadre de partage structuré par des règles telles que les licences ouvertes. Ces dernières définissent les conditions de réutilisation, de modification et de diffusion des contenus, dans l’objectif de favoriser la collaboration, l’accessibilité et l’innovation pédagogique.

Cependant, s’inscrire dans la dynamique du partage et de l’ouverture relève avant tout d’une décision personnelle nourrie par des motivations intrinsèques. Ces motivations, ou les raisons derrière ce partage, restent peu présentes dans le domaine universitaire car elles sont impactées par des facteurs tels que la peur d’être plagié·e, la crainte de subir le jugement négatif des pairs ou encore l’exploitation du contenu par d’autres enseignant·e·s. Un autre facteur dominant qui peut entraver cette volonté d’ouverture est bien l’esprit de compétition qui règne à l’université. Dans le contexte marocain, j’en parle parce que j’en fais partie, la promotion de grade ou de statut passe par un processus d’évaluation qui repose sur les performances académiques, pédagogiques et scientifiques de l’enseignant·e chercheur·euse. Dans ce contexte, il devient difficile de partager son cours/ressource au risque de perdre des points précieux ! Mais limiter son cours à un polycopié ou à une présentation Powerpoint destinés exclusivement aux étudiant·e·s inscrit·e·s au module, cloisonne l’accès au savoir à un amphithéâtre et le condamne à rester figé dans le temps et dans l’espace. 

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sous licence CC0 Domaine public 

Alors, comment peut-on y remédier ? Répondre à cette question doit s’inscrire dans une approche holistique qui nécessite l’implication de tous les acteurs du système. 

  1. Changement de mentalité des enseignant·e·s par la bonne compréhension de l’intérêt du partage 

Un grand nombre exprime de la réticence et du refus quant au partage de leurs ressources (contenu de cours, exercices, PPT…). Ils estiment qu’ils fournissent énormément d’efforts et qu’ils y passent beaucoup de temps. Ainsi, partager avec son collègue relève parfois de l’impossible. La première étape vers cette réconciliation est le besoin d’être rassuré ! Cela passe par la sensibilisation à l’usage d’une licence ouverte (exemple de Creative Commons) qui permet de définir les permissions de diffusion et d’utilisation selon le choix du créateur·ice tout en assurant l’attribution de leur paternité. Aussi, il faut expliquer aux enseignant.es que l’ouverture permet de gagner en qualité et en gestion de temps. Les enseignant·e·s sont vivement invité·e·s à repenser leurs pratiques éducatives et pédagogiques pour qu’elles soient orientées vers l’intelligence collective et le travail collaboratif entre pairs dans une dynamique de partage et d’ouverture. 

  1. Changements institutionnels par l’incitation au travail collaboratif au sein du département et/ou entre départements

Dans notre contexte institutionnel, réaliser un cours individuellement vaut une note complète contrairement à un cours coréalisé avec des collègues qui permet d’obtenir une note inférieure. Cette simple situation est suffisante pour tuer toutes initiatives de travail collaboratif. Dans cette perspective, il revient à l’établissement d’encourager et inciter à l’harmonisation des cours (cas des modules transversaux et des cours assurés par plusieurs professeur·e·s), d’autant plus que le syllabus est le même. Et bien évidemment, il faut revoir la grille d’évaluation pour qu’elle soit centrée vers des critères de qualité du travail, d’innovation et d’ouverture. 

  1. Collaboration nationale par la création de réseaux disciplinaires ouverts soutenus par une stratégie nationale

Si l’accréditation d’une filière passe obligatoirement par la validation du comité ministérielle, cela suppose l’approbation des modules (disciplinaires et transversaux) qui la constitue. Ainsi, il serait judicieux de créer des réseaux disciplinaires ouverts qui ouvriraient la voie vers l’enrichissement collectif des contenus. Pour y parvenir, il faut élaborer une véritable politique de protection des données encadrée par un cadre juridique qui découle d’une stratégie nationale bien établie. 

En conclusion, s’ouvrir au partage, c’est accepter de dépasser une logique individuelle et compétitive pour s’inscrire dans une dynamique de collaboration et d’amélioration continue de la qualité des ressources. Dans notre contexte universitaire marocain, franchir le pas du partage repose sur la mutualisation des efforts de toutes les parties prenantes du secteur (enseignant·e·s, décideur·euse·s et responsables). Il s’agit alors non seulement de libérer les ressources, mais surtout de libérer les pratiques et les mentalités, afin que la connaissance puisse circuler, évoluer et bénéficier au plus grand nombre.

Cet article fait partie de la série : “Sharing is a challenge”, publiée tout au long du mois de mars 2026, en collaboration avec la Chaire UNESCO RELIA et le réseau Euniwell.

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À propos de l’image de mise en avant de l’article

L’intention artistique originale reste celle de l’artiste et peut être différente de l’intention éditoriale de notre remix. Nous remercions Lorenzo Miola pour le partage de son œuvre sous licence ouverte CC BY-NC-SA 4.0.

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Encourager le partage repose sur une approche systémique et holistique

 » de Souhad Shlaka est sous licence CC BY 4.0